Vivifiés par l’Esprit de Dieu

Vivifiés par l’Esprit de Dieu

 

 

     Parce que Dieu nous aime, il veut notre sanctification ; et plus nous accueillons librement son action en nos cœurs, plus nous plongeons dans l’émerveillement devant l’œuvre de sa miséricorde qui vient nous renouveler dans tout notre être. Saint Paul le dit aux Thessaloniciens : Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle: c'est encore lui qui fera cela.  (I Tes 5,23)

 

 

L’être psychique ne peut accueillir le mystère de Dieu.

    

     Remarquons bien que l’œuvre de la grâce vise à nous renouveler radicalement, tant il est vrai, comme l’enseigne encore saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens, que L'homme psychique n'accueille pas ce qui est de l'Esprit de Dieu: c'est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c'est spirituellement qu'on en juge. (I Co 2,14). Cette considération détermine d’ailleurs le ministère de l’Apôtre : Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse. Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant, et ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance, pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. Pourtant, c'est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d'une sagesse de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction. Ce dont nous parlons, au contraire, c'est d'une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire,  celle qu'aucun des princes de ce monde n'a connue --  s'ils l'avaient connue, en effet, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire -- mais, selon qu'il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. (I Co 2,1-9).

     L’accueil des dons de Dieu dans leur plénitude exige donc de passer d’une perception psychique, toute terrestre, à une perception spirituelle éclairée par la lumière divine. On est semé corps psychique, expose saint Paul aux Corinthiens, on ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps  spirituel. C'est ainsi qu'il est écrit: Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante; le dernier Adam, esprit vivifiant. Mais ce n'est pas le spirituel qui paraît d'abord; c'est le psychique, puis le spirituel. Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel. Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres ; tel le céleste, tels seront aussi les célestes. Et de même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste. Je l'affirme, frères: la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité.  (1 Co 15, 44-50)

     La chair, sarx en grec, désigne ici les faiblesses de la nature humaine, l'homme, dans son impuissance à s'élever vers Dieu, livré au péché et à la mort. Mais la Bible ne considère jamais la chair comme intrinsèquement mauvaise : elle a été créée par Dieu, le Fils de Dieu a pris chair et nous affirmons dans le Credo la résurrection de la chair. Cependant, c’est par l’esprit, qui fait de l'homme non seulement un vivant, mais un être pensant et responsable, que l'Esprit de Dieu vient habiter notre être et nous libérer. Les paroles, certes assez mystérieuses de l’Apôtre, font écho à celles de Jésus à Nicodème : En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. (…) Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. (Jn 3,3.6)  En d’autres circonstances, Jésus l’exprime en termes de salut : Qui veut en effet sauver sa vie – il s’agit de la vie charnelle - la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera. (Marc 8, 35)  Et encore : Qui aime sa vie (charnelle) la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. (Jean 12,25)

     Une telle radicalité s’explique par le fait que notre être psychique, depuis la rupture du premier péché, est fermé sur lui-même et tout entier orienté à chercher sa satisfaction narcissique, séparé de Dieu. Et n’allons pas penser qu’il suffit d’être chrétien pour être spirituel ! Il est hélas possible, en effet, d’intégrer certaines vérités chrétiennes, certains modes de vie chrétiens, mais d’une manière toute psychique. On ramènera alors, invariablement, la vie chrétienne à une simple application de préceptes religieux ; la foi à une connaissance intellectuelle transmise par ensei­gnement ou initiation (la gnose !) ; l’espérance à un programme humain à mettre en œuvre à la force du poignet ; la charité à une philanthropie présomptueuse ; la vie mystique à une illusion senti­men­tale ; la vie charismatique à une recherche inavouée de toute puissance avec manipulation des personnes. Bref, une vie chrétienne qui en reste à un niveau psychique, purement humain, sans l’ouverture à la vie de Dieu, ne pourra jamais porter les fruits de l’Esprit et sera, de plus, gangrénée par cet esprit de division, de polémique, de rébellion permanente qui vient ruiner l’Eglise du Seigneur ainsi que le dénonçait déjà saint Jude : Mais vous, très chers, rappelez-vous ce qui a été prédit par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ. Ils vous disaient: "A la fin du temps, il y aura des moqueurs, marchant selon leurs convoitises impies." Ce sont eux qui créent des divisions, ces animaux, ces êtres "psychiques" qui n'ont pas d'esprit. Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. Les uns, ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ; les autres, sauvez-les en les arrachant au feu; les autres enfin, portez-leur une pitié craintive, en haïssant jusqu'à la tunique contaminée par leur chair. (Jude 1,17-23)

 

 

Libérer l’esprit en nous

 

     Si l’enfermement dans notre psychisme nous rend à ce point incapables d’accueillir la vie divine qu’il nous faut renaître pour y parvenir, on serait tenté de reprendre la question de Nicodème à Jésus : Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? (Jn 3,4)  Cette question légitime trouve sa réponse ultime dans l’œuvre de la Croix dont saint Paul chante le triomphe dans sa lettre Colossiens : Vous qui étiez morts, dit-il, du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui! Il nous a pardonné toutes nos fautes! Il a effacé, au détriment des ordonnances légales, la cédule de notre dette, qui nous était contraire; il l'a supprimée en la clouant à la croix. Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans son cortège triomphal. (Colossiens 2, 14-15)

     Guidé par ses convoitises charnelles et trompé par le démon, l’être psychique entretient en lui l’illusion orgueilleuse de pouvoir gagner son salut par ses propres forces. Aussi saint Paul affirme-t-il avec puissance aux Ephésiens : Et vous qui étiez morts par suite des fautes et des péchés dans lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l'empire de l'air, cet esprit qui poursuit son oeuvre en ceux qui résistent...  Nous tous d'ailleurs, nous fûmes jadis de ceux-là, vivant selon nos convoitises charnelles, servant les caprices de la chair et des pensées coupables, si bien que nous étions par nature voués à la colère tout comme les autres... Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,  alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ --  c'est par grâce que vous êtes sauvés! --  avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par-là démontrer dans les siècles à venir l'extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu;  il ne vient pas des oeuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d'avance pour que nous les pratiquions. (Eph 2,2-10.)  

     C’est par la venue du Christ dans notre chair, par sa mort et sa résurrection, que Dieu a ouvert la voie du salut à tout homme, inaugurant les temps derniers (cf. Hb 1,2), temps de la grâce, temps de la libération. Et par la toute-puissance du Saint Esprit, dans le Christ, nouvel Adam, Dieu suscite une humanité nouvelle, donnant aux hommes de naître de nouveau, de devenir hommes nouveaux (cf. Eph 2,15), capables d’offrir le culte spirituel (cf.Rm 12,1) en esprit et en vérité ainsi que Jésus l’avait annoncé à la Samaritaine : Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l’esprit et la vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et ceux qui adorent, c’est dans l’esprit et la vérité qu’ils doivent adorer. ( Jean 4,23-24)

     Une telle adoration est le fruit de notre ouver­ture et de notre collaboration à l’œuvre en nous de l'Esprit de Dieu qui vient nous libérer de la loi du péché et de la mort (Rm 8,2), pour nous faire vivre selon la grâce. Cette œuvre divine en notre nature humaine doit donc aboutir à la libération de notre esprit : en effet, dans la puissance du Saint Esprit, Dieu, par sa Parole vivante, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants (cf. Hb 4,12) pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles (ibid.) pour opérer en nous comme une division entre notre âme psychè, prin­cipe de vie corporelle et psychique, et notre esprit pneuma, principe de vie spirituelle, afin de libérer celui-ci et de nous permettre de suivre les voies de la sagesse de Dieu qui passe par la folie de la Croix. Cette libération de l’esprit, nous permet de goûter l’amour gratuit du Père pour nous : Ainsi donc, mes frères, dit saint Paul aux Romains, nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez. En effet, tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. (Rm 8,12-17)

 

 

Conversion et guérison de l’âme

 

    Dieu nous a créés capables de le connaître - capax Dei  selon la belle formule latine - mais il faut que nous soyons délivrés du carcan étouffant de notre psychisme pour que nous puissions progresser dans les voies du Seigneur. Cette libération de notre esprit, ce sommet de l’âme, par lequel Dieu peut illuminer nos vies tout entières, n’est pas œuvre définitive sur cette terre et n’a rien de magique : elle exige une collaboration de tout instant qui s’accomplit dans une vie de conversion qui est guérison pour l’âme. Saint Paul met nettement en garde les Ephésiens au sujet de leur mode de vie : Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement et leurs pensées enténébrées: ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l'ignorance qu'a entraînée chez eux l'endurcissement du coeur, et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d'impureté. Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins vous l'avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus, à savoir qu'il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir l'Homme nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. (Eph 4,17-19) Comme l’Apôtre l’enseigne encore aux Colossiens, il s’agit pour le chrétien de se renouveler sans cesse : Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses  agissements, et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l'image de son Créateur. (Col 3,9-10) Et dans sa lettre aux Romains, saint Paul montre que ce renouvellement intérieur est essentiel au culte spirituel : Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.(Rm 12,1-2)

     Ce renouvellement, fruit d’une vie de conversion et d’ouverture à la grâce, est la véritable guérison de l’âme que doit rechercher le chrétien. Elle diffère de l’épanouissement personnel prôné par les thérapies en vogue, fondées sur des conceptions de l’homme tout à fait étrangères sinon contraires à la sagesse chrétienne. Elle diffère également de la recherche d’expériences spirituelles susceptibles de nous arracher à notre quotidien si souvent pesant et décevant. Au IVe siècle déjà, le messalianisme "identifiait la grâce de l’Esprit-Saint avec l’expérience psychologique de sa présence dans l’âme. S’opposant à eux, les Pères insistèrent sur le fait que l’union de l’âme orante avec Dieu s’accomplit dans le mystère, en particulier à travers les sacrements de l’Eglise. Elle peut ainsi se réaliser jusque dans des expériences d’affliction et aussi de désolation. " (Congrégation pour la doctrine de la foi, Quelques aspects de la méditation chrétienne, 15 X 1989)

     Dieu, par le glaive à deux tranchants de sa Parole, douce à la bouche comme le miel (cf Ez 3,3) pour apaiser, et amère aux entrailles (cf Ap 10, 9) pour purifier, viendra nous rendre la santé de l’âme, si nous sommes fidèles à vivre de sa grâce, par la prière et les sacrements. Ce n’est ni herbe ni émollient qui leur rendit la santé, lisons-nous dans le Livre de la Sagesse, mais ta parole, Seigneur, elle qui guérit tout (Sg 16,12)

 

 

Corps de chair animé par l’Esprit

 

     Pour que la libération de l’esprit par la grâce et la guérison de l’âme puissent porter tous leurs fruits dans nos vies d’enfants de lumière (cf. Jn 12,36), il nous faut descendre toujours davantage en nous-même, en ce centre que la Bible appelle encore cœur (kv Dt 6,5 // Mt 22,37) ; ce lieu des choix décisifs, source de notre personnalité consciente, intelligente et libre qu’il ne faut pas confondre avec l’émotivité, l’affectivité ni le sentiment, ni encore l’intellect et la raison. La prière du cœur, cherchant à unir le souffle vital au souffle divin, permet de descendre au plus profond de nous-même, de découvrir ce cœur profond, ce lieu méconnu, peut-être même fermé par nos peurs, nos blessures, et auquel Dieu nous donne accès, par sa grâce, pour accueillir le don de sa vie en plénitude. N’ayez pas peur, nous dit le Ressuscité qui vient rouler les pierres qui ferment nos cœurs ! Et c’est dans notre cœur que nous pouvons entendre le Saint-Esprit, nous murmurer, selon les paroles de saint Ignace d’Antioche : Viens vers le Père.

     Il s’ensuit alors que notre corps lui-même est comme replacé dans la perspective du salut pour devenir corps de chair animé par l’Esprit. Car, c’est à la personne en son entier que Dieu veut, par l’Esprit-Saint, communiquer lumière et vie. A la différence des religiosités orientales qui font tant de ravages aujourd’hui, le corps, dans la démarche spirituelle chrétienne, ne se trouve pas exclu ni dématérialisé, mais il est appelé à être glorifié. En effet, le corps, en tant que tel, n’est pas opposé à l’esprit et à la lumière de la Résurrection, au contraire, il est destiné à être investi par l’Esprit et à devenir spirituel. L’opposition de la chair à l’esprit, sur laquelle un christianisme mal éclairé a trop insisté, ne vient pas premièrement de la matérialité du corps, mais du manque de vigueur de l’esprit et de la résistance de l’être psychique à obéir à l’esprit.

     Devenus Temple du Dieu vivant par l’Esprit (cf 2 Co 6,16 ; 1 Co 3,16-17), nous pouvons prendre notre place dans l’édification du Temple Saint, dans le Seigneur (Ef 2,21), intégrés dans la construction, pour devenir une demeure de Dieu dans l’Esprit (Ibid. 22). Il nous devient possible de discerner le Corps (1Co 11,29) et de communier au Christ vivant dans son Eglise, Corps du Christ duquel nous sommes les membres. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ, dira saint Paul aux Corinthiens  ? (1Co 6,15)

     Dépassant toute tentative illusoire de représentation naturaliste, les icônes traditionnelles cherchent à manifester l’illumination intérieure des corps transfigurés par la gloire. La Jérusalem céleste des visions de l’Apocalypse n’a plus besoin de l’éclat du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée et l’Agneau lui tient lieu de flambeau (Ap 21,23). Les serviteurs de Dieu y verront sa face (Ibid. 22,4 /cf. 2 Co 3, 18). De nuit, il n’y en aura plus, ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur répandra sur eux sa lumière, et ils règneront pour les siècles des siècles(Ap 22,3-5)

     Vous êtes lumière du monde, dit Jésus à ses disciples, rajoutant que leur lumière doit briller devant les hommes (Mt 5,14.16). Comme en réponse au souhait de Jésus disant : Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fut allumé (Lc 12,49), nous pouvons dire avec saint Colomban : O Christ, daigne allumer toi-même nos lampes, toi notre Sauveur plein de douceur, fais-les brûler sans fin dans ta demeure, et recevoir de toi, lumière éternelle, une lumière indéfectible. Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres, et que par nous elle fasse reculer les ténèbres du monde. 

 

 

Pour une culture de vie

 

     Nous le voyons, Dieu, si nous accueillons sa grâce, peut vivifier notre être tout entier et, ce-faisant, il vient guérir et restaurer nos familles et la société humaine. Nous croyons que, sous le manteau de sainte Anne, héritière des promesses de l’Alliance et mère de la Mère du Sauveur, Dieu veut nous communiquer sa gloire et susciter un peuple renouvelé. "Grâce à l’œuvre du Saint Esprit dans leurs cœurs, les croyants de toute langue et de toute culture peuvent désormais prendre part au mystère du mariage de Dieu avec l'humanité, entrer en communion dans le lien pur de la charité (cf. Col 3,14). En louant Dieu par toutes les vertus de leur culture purifiée et fécondée par la semence de l'Evangile, ils peuvent le glorifier par toutes les capacités de leur vie humaine. Grâce à la culture chrétienne vécue sous la motion de l'Esprit de Pentecôte, ils sont en mesure de s'ouvrir à l'amour de Dieu dans tous les do­maines de leur vie. Avec l'envoi de l'Esprit en ces derniers jours se trouvent accomplis, en vérité, la parole de Joël (cf. Ac 2,17) et les autres prophéties de la Première Alliance annonçant un monde réconcilié avec Dieu (cf. Za 14, 20), et les chrétiens peuvent désormais célébrer Dieu en faisant toute chose toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâce au Dieu Père ! (Col 3,17) Grâce à l'inculturation de la foi, fruit de travail de l'Esprit au cœur des fidèles, tout homme peut faire de sa vie entière une célébration d'action de grâce au Dieu Créateur et Sauveur. Et tout peuple est appelé à célébrer le don de la vie nou­velle selon son génie propre et à apporter sa voix au Chant des Peuples qui doit s'élever de toute la terre." (Extrait de Kan ar Pobloù de Tiegezh Santez Anna)        

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